Une citation

Publié le 4 Janvier 2016

Cantique des Cantiques, Chagall.
Cantique des Cantiques, Chagall.

"Femme aimée, je t'offre un caillou que nous avons rencontré ensemble sur le chemin : il n'est pas à moi et je te donne avec lui le soleil, la lune, les étoiles et le ciel qui brillent en toi, qui se reflètent en lui, de gris, d'azur, de vert et d'argent, gage de jouissance, chose muette qui ne cessera de te dire : je t'aime"

- Serge Leclaire (1975), On tue un enfant.

Ou dit autrement, en amour, l'erreur de l'homme est de croire que l'amour est le fruit de son mérite, de sa gloriole, de la somme des ses actes créateurs et de ses petits exploits; l'erreur de la femme, c'est de croire qu'il est le fruit de ses atours, de la manière dont elle sait habilement entretenir ses charmes. Égotisme d'un côté et narcissisme de l'autre. Aux vérifications obsessionnelles de l'un, les crises d'hystérie de l'autre. La guerre des sexes est proclamée. Aux premiers malentendus de la vie, chacun part de son côté, l'homme défaillant et atterré de ne plus être reconnu comme la somme de ses prétendus mérites, la femme songeant que sa beauté est trahie et prête à l'offrir à un autre plus reconnaissant. Voilà nos deux amants aux cachots de leur tour d'ivoire personnelle, leurs cœurs réciproques enfermés à double tour. Ils méconnaissent ainsi - mais rien de plus banal - l'expérience simple d'aimer : pierre précieuse qu'ils ont pourtant ensemble rencontrée un beau matin sur le chemin. Celle-ci n'était pas façonnée par le savoir faire virile de l'homme, et ne découlait pas de la beauté experte et savante de la femme. Elle était simplement là, au soleil, éclatante au bord du chemin de leur vie commune. En elle, resplendissait la noce de la terre et du ciel. Nos deux amants semblent cependant avoir chacun trop d'orgueil pour risquer de froisser leur amour propre. Et qui dit propre ne dit évidemment pas amour de l'autre et c'est bien dommage. Il faut savoir tuer l'enfant en nous pour devenir adulte et oser l’abandon à l'amour. Thèse fantastique, qui peut nous paraître au limite du surréalisme mais qui est bien celle de ce psychanalyste des plus sérieux. A ce propos, un jour j'écrivais : "Un matin, l'âme d'un homme se perd dans le noir intense des yeux d'une femme. Les portes du ciel s'entre-ouvrent et laissent descendre sur les amants une pluie d'étoiles. Abandon quasi mystique et rite de fertilité. Et nos âmes furent fertiles comme jamais. Ce n'est là ni victoire, ni euphorie, mais douce mélancolie et bonheur simple d'exister. Tout acte d'amour est tragique en soi car le monde est impermanent. Mais pour le bonheur de connaître l'intensité de ces moments là, moi qui n'étais rien, j'étais prêt à beaucoup, et voilà que je prenais la mer pour affronter la vague de fond du Pacifique qui nous séparait". Lacan, autre pointure de la psychanalyse parisienne, disait à ce sujet, qu'il n'y a pas de rencontre sexuelle. Autre thèse surréaliste. La sexualité n'est ni de la capacité de l'homme, ni de celle de la femme, elle est un entre-deux qui demande aux deux êtres sexués un abandon de leur spécificité. Abandonner le domaine connue du masculin pour l'homme et du féminin pour la femme. Tuer en nous l'enfant égoïste et avide de toute l'attention. Mais est-ce seulement possible ? La question reste ouverte. Heureux les amants qui voguent sur les vagues de la vie.

Rédigé par Monsieur Yves

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