Contre la démocratisation sexuelle

Publié le 4 Janvier 2016

Contre la démocratisation sexuelle

J’aime lire de la psychanalyse - c’est une activité stimulante, - pour la même raison que j’aime Picasso, car la vie ne se résume pas qu’aux apparences et que derrière les masques il y a l’ombre. Cela étant dit, j’avoue quand même ma préférence pour l’oeuvre de Picasso plutôt qu'à celle de Freud. Mon approche est donc plutôt esthétique. Mais les lettres ne vont pas sans le pinceau, et l’un ne va pas sans l’autre, tous les deux étant nés au 19e et morts aux 20e siècle qu’ils ont ensemble profondément marqué de leurs empruntes. Cette introduction en guise de désir de revenir à ce qui nous intéressait l’autre jour : la complexité de l’amour. Je suis parfaitement d’accord avec Philippe Sollers quand il dit que ce qu’il aime à la psychanalyse c’est qu’elle réfute la démocratisation du sexe. Leclaire que je citais l’autre jour, préférait dire qu’elle était trop de ce que pouvait supporter un homme de paille de la sexologie. Depuis son heure de gloire, dans l’après Deuxième-guerre jusque dans les films des années 1970 de Woody Allen, la psychanalyse a été beaucoup attaquée et elle est depuis descendu de son piédestal. Ces attaques étaient virulentes et pas toutes de qualité, reconnaissons-le cependant, beaucoup d’entre-elles ont été faites à raison. Bon, il y a beaucoup de mauvaise littérature que l’on peut lire sur le sujet de l'anti-freudisme. Mais la psychanalyse a eu son lot de précieux et de coupeurs de cheveux en quatre - c’est peu dire ! La farce a parfois tourné au délire. Freud lui-même n’a pas fait fort en termes de mégalomanie et de haine sectaire pour ceux qui ne pensaient pas comme lui. Dont quelques très bons ! Des spécialistes tendent même à démonter ses mythologies. Il a aussi ses défendeurs, dont certains me feraient honte. Mais tout cela ne nous intéresse pas. Depuis, une certaine prudence de bon ton préfère ainsi parler de méta-psychologie pour qualifier la psychanalyse. Nous avons eu la métaphysique, voici la métapsychologie. C’est notamment le parti pris de Yves Prigent dont j’aime beaucoup ses deux livres sur l’amour, sa durée, ses perspectives, le deuil. Autrement dit, du statut de science, la psychanalyse n’a aujourd’hui plus que le statut de discours. Personnellement, je pense que c’est tant mieux ! De toute façon, nous le soutenons dans presque chacun des billets de ce carnet de notes, seuls les discours qui se reconnaissent comme tels sont réels. Le reste n’est que fiction, ou symptôme, c’est à votre bon choix. Revenons donc à cette brillante idée de Sollers : la psychanalyse nous protège de la démocratisation du sexe. Que veut nous dire le bon vieux Philippe par ces mots là ? Rappelons certaines idées fixes du personnage avant tout. Philippe Sollers dit tout au long de son œuvre, du moins à partir de Femmes nous semble-t-il, que le sexe, s’il existe de manière bien présente - c'est peu dire - n’est pas nécessaire et on pourrait même s’en passer. Tardivement, il se dira lui-même athée sexuel, formule fantasque pour cet homme à femmes, qui signifie qu’au fond, le sexe pour le sexe n’a aucune importance contrairement à ce que voudraient nous faire croire les magasines féminins, la publicité et le grand spectacle. Sollers voue une grande admiration pour Picasso. Comme pour ce dernier, il voit le sexe plutôt comme une affaire de Minotaure, un fait de nature, par essence violent, vague de fond tout droit sorti de l’abime de la matière noire, cet Infini sur lequel il a beaucoup écrit. Rien à voir donc avec la version imposée au masse d’une sexualité obligatoire pour tous. Sorte d’hygiénisme contraignant tout à fait dans l’air du temps : pipe, pilonnement vaginale, sodomie, petite éjaculation à la semaine, le tout réglé par l'étalon du canon. En 2016, le sexologue serait une sorte de garagiste pour couple en panne. Comme dans l’ensemble des domaines du grand cirque ambiant, tout est affaire de technique et de marchandise. Si cela ne marche pas comme prévu dans le film, alors il faut revenir aux caresses, peut-être y aurait-il là moyens de repartir vers les sommets spectaculaires, voilà le fond de commerce mainte fois entendu. Froide rhétorique sans âme. Non ! Il n’y a pas à faire du sexe une nouvelle religion - protestante et puritaine il va de soi. Au feu donc le devoir-être de la dictature des médias et des marchands du temple. Savez vous d'ailleurs que le sexe et ses entreprises parasexuelles (dont la sexologie et la production d'images en tout genre - de la photo de mode dénudée à la pornographie la plus grasse) représentent ensemble la principale industrie mondiale, faisant à elle-seule plus d’argent que les industries de la pharmacie et de l’armement réunies. Malheureusement le sexe contemporain se meurt de manquer de caractère et de spontanéité. Le fait d’avoir démocratiser la sodomie, le voyeurisme, l’échangisme, les partenaires multiples au cours d'une vie n’ont pas pour autant diminuer les névroses. Bien au contraire. Les vraies raisons - méta-psychologiques- derrière la sexualité font toujours aussi peur ! Prenez un groupe de jeunes femmes américaines bien niaises tel qu’il en pullule dans les plus belles régions touristiques d’Italie "you know ?" et tout devient facile à comprendre : derrière le fard de leur hyper sexualisation, il y a le vide… la tentative d’apprivoiser la bête, mais l’aveu cinglant de leur échec. Et croyez moi quand je vous dis que l’Europe s’américanise méchamment. Voilà tout ce que nous dit Sollers entre les lignes. L’amour est une chose complexe qui ne se laisse pas dompter par quelques doctes formules de magasines féminins ou de best-sellers américains. Il n’y a pas de recette de cuisine ! Dans une vie, il y a quelques rencontres rares et déterminantes, tout le reste n'est qu'ennui. Il y a l’océan sous la surface des sentiments. Et la lune. La Terre. Les Etoiles. Le Feu. La braise. Et cela, seul un discours courageux, tel que la peinture puissante de Picasso dans les beaux-arts, peut quelque peu en rendre compte. Tout le reste n'est que mensonge. Voilà pourquoi il faut ne pas croire en la démocratisation de l’amour et de la sexualité, à la promesse du bonheur facile pour tous à portée de main. La vie est violente et s’offre telle quelle sans complaisance. A chacun sa légende personnelle. Refuser le diktat de la raison collective. Antigone l'a compris. Tragique et obscure opération alchimique. "Le sexe est la voie contraignante (c’est moi qui souligne), dans laquelle la femme aimée ouvre pour l'homme l'espace de cet autre regard sur l'invisible où se séparent et s'ordonnent, en naissance, jaillissement, déploiement et fulguration, la terre, l'eau, l'air et le feu. » (Serge Leclaire). « Si vous écoutez votre cœur, vous savez précisément ce que vous avez à faire sur terre. Enfant, nous avons tous su. Mais parce que nous avons peur d’être désappointé, peur de ne pas réussir à réaliser notre rêve, nous n’écoutons plus notre cœur. Cela dit, il est normal de nous éloigner à un moment ou à un autre de notre « Légende Personnelle ». Ce n’est pas grave car, à plusieurs reprises, la vie nous donne la possibilité de recoller à cette trajectoire idéale (Paolo Coelho).

Rédigé par Monsieur Yves

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