Le verger en feu de Van Gogh
Publié le 21 Janvier 2016
J’ai cette habitude de marcher beaucoup qu’on dit que Nietzsche avait aussi. Il aurait marché jusqu’à 4 heures par jours. Un vrai marathon ! Autre époque, autre moeurs, et nous sommes tous des corps faibles jetés dans une époque de luxure et de velouté. Nietzsche disait déjà des gens de son époque qu'ils ne survivraient pas longtemps à la Renaissance, une période qu'il imaginait comme pleine de force physique. Décadence. Un sujet qui commence à dater dans la litérature européenne. Autrement dit, je suis loin du compte. Mais par rapport à mes pairs (quel besoin que de celui de nous comparer les uns les autres !), oui quand même, je marche beaucoup. Le coteau du Rhône, ses petits bois qui borde ses rives et la campagne fruitière. J’avais congé aujourd'hui et j’ai battu campagne. Petit pas de course revigorant à travers les vergers. Van Gogh est le peintre par excellence des prés et des champs. Il en connait leurs moindres nuances. Voici un écorché vif, sensibilité exacerbé, sens du mystère et de l’instant. Une forme d’hyper attention. Rien à voir avec le romantisme bon teint de la plupart des impressionnistes. Il y a de la violence physique dans le trait. Avec lui, on sait que la vie est tragique. Difficulté à socialiser. Il en mourra de chagrin de ne pas être aimer par une femme. C’est qu’à l’époque il ne ramenait pas d’argent. Avec son patrimoine, quelle vie de luxe il aurait mener aujourd’hui. Aurait-il été heureux pour autant ? Mystère. Un Van Gogh riche aurait sûrement vendu son âme et il y a des chances pour que les muses de son art auraient fini par le bouder. Retour donc à la case départ. Douleur. Les nerfs sont à vifs. Et Vincent de se mutiler une oreille. On n'échappe pas à son destin chantaient la tragédie grecque. Vous en convaincre ? Lisez et relisez Antigone.
Van Gogh est un peintre qui connaît son sujet. Pommiers en fleurs, poiriers, pruniers, cerisiers, oliviers, cyprès, prés et blé coupé. Toute mon enfance qui se prolonge encore aujourd'hui. J’invoquais hier le ciel du Tiepolo pour cristalliser le précieux d’un instant. Il y a comme cela, plusieurs tableaux de Van Gogh qui sont autant d’archétypes qui ressurgissent de ma mémoire en certaine circonstances précises. Il en fut par exemple d’une nuit de chagrin d’amour sur la côte d’Amalfi au sud de Naples. La beauté de l'endroit sans doute. Au milieu des cyprès à la lueur d’une lune presque pleine, je pleurai en pensant à elle dorénavant lointaine. J’étais dans un tableau de Van Gogh. Impressionnant de ressemblance. Même émotion, mêmes couleurs, même lumière. Une pluie d'étoiles gravées à vie dans mon système solaire. Il en était de même aujourd'hui en cette fin d'après-midi de janvier. Celui-là est l’un de mes vieux classique personnelle. Saules coupés au coucher du soleil (1888). La dépouille des arbres nus. Une inclinaison précise du soleil. Une tonalité. Une palette de couleurs. Face à ce spectacle, une nostalgie de toujours. Un fil conducteur qui me ramène loin en arrière. Van Gogh est à la fois un artiste accessibles et mystérieux. Il est l’un des premiers à avoir poser des jalons qui me permettent dorénavant de lire le monde. Depuis il y a eu beaucoup de peintres et pléthore de peintures qui ont croisé mon chemin. Picasso à lui seul pourrait m'occuper une vie durant. Car qu’est-ce que la peinture sinon un miroir de notre âme, et qu’est-ce que notre âme sinon la conscience d’un corps au milieu d’un monde qui lui est donné en spectacle ?
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