Un ciel du Tiepolo

Publié le 20 Janvier 2016

Giovanni Baptista Tiepolo.
Giovanni Baptista Tiepolo.

Chaque année, plus ou moins à la même époque, la cause est entendue et il y a un petit quelque quelque chose qui change dans la couleur du ciel. Alors, on sait que le plus dur est passé. On reprend espoir. Cette année plus que d’autre fois encore, le vilain voile gris et froid qui nous occupait depuis le début de l’année s’est enfin déchiré pour laisser à l’astre solaire l’occasion de reprendre la vedette. Le hasard veut que le soleil est entré dans le verseau aujourd’hui aux alentours des 15h. Et le ciel était de feu en cette fin d’après-midi. Les quelques résidus de nuages jouaient d’un corps léger. Célestes au milieu de l’azur du ciel, bleu comme les beaux yeux d'une femme. Dans cette inclinaison du soleil que je connais bien, il y a quelque chose de l'Annonciation de Da Vincie, d’une Assomption vénitienne du Titien ou des tableaux légers et clairs du Tiepolo. Un ciel d'or à écouter une messe de Mozart, les yeux éblouis de douleur à fixer la silhouette noire des pins perdus dans le feu qui embrase les cieux. Mozart est né sous le signe du Verseau. Sa musique est très représentative de la symbolique du signe. Aérienne, d’un autre temps au-delà du temps. A la fois déchirée et pleine d’espoir. Un œil, une oreille, qui campent dans le ciel. Autrement qu’être disait Emmanuel Lévinas, qui lui par contre était Capricorne. Hiver. Contre-point logique à l'été. La vie, son tragique, et son bonheur des larmes aux yeux. Mais des perles salées en souliers de verre. Légères, non pas de douleur mais de mystère. Il est 17h00 et le ciel a encore tout son allant des jours qui se rallongent enfin. Il a mis ses plus beaux habits. Tout d’orange vêtu, il s'impose et seuls quelques nuages bas, isolés et moutonnés de mauve arpentent les coteaux comme pour mieux souligner sa grandeur. Mariétan disait qu'un bruit pouvait servir à rendre compte de la grandeur d'un silence. Le principe est le même ici. En pareils circonstances, face à cette qualité particulière du ciel, toujours la même musique de Mozart : sa grande messe. Un rituel personnel que j'ai adopté il y a quelques années après l'avoir trouvé de très bon goût dans un film de Guédiguian sur fond d'une pluie cuivrée d'un soleil insolant sur une fin d’après-midi printanière de la Grande Bleue. Il neige du soleil avait écrit Picasso dans un poème. Cet après-midi je me sens d’humeur divine. Je veux fêter la vie. Il y a des moments comme cela où plus attentif qu'à l'accoutumée on arrête un instant de se projeter. Et je me sens heureux d'exister.

Un ciel du Tiepolo

Rédigé par Monsieur Yves

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