Kyrie pour l'amour d'une femme

Publié le 8 Janvier 2016

Orazio Gentileschi, La Violoniste.
Orazio Gentileschi, La Violoniste.

En 1782, Mozart veut épouser Constance. Cette dernière tombe gravement malade et tragiquement cet amour prend le visage de l’impossible. De toute évidence, Mozart a dû être très amoureux. Mozart a peur. Il pense à Constance et ne peut éviter d’imaginer sa mort. Déposé par le prince évêque Colloredo de son poste de compositeur de musique sacré, Mozart connaît sûrement les affres de la culpabilité. Libertin, jouissant du statut alors très respecté de musicien de cour, il mène comme ses pairs une certaine vie débauche qui tranche avec l’éducation respectable que lui a donnée son père. Mozart compose alors La Grande Messe en ut mineur. Sur cette musique, j’ai déjà pleuré toutes les larmes de mon corps. Comment résister ? Les vannes s’ouvrent, le corps s’allège, le ciel se dégage progressivement de ses nuages à mesure de la déverse, je m’envole, mi-ange, mi-humain, dans la porte du ciel peinte de main de maître par un Tipelo. Je suis dans la ville du peintre : Venise et ce matin d’été merveilleux quand j’y suis entré pour la première fois, perché sur le pont d’un bateau qui arrivait de Grèce au son des matines que sonnaient milles cloches antiques. J’ai cherché la plus haute marche du navire, celle qui me permettrait le mieux de jouir du spectacle hallucinant des toits de Venise, des Basiliques et des chapelles à perte de vue. L’ouverture de la Grande Messe de Mozart est un Kyrie (Seigneur prend pitié) conforme au Canon de la liturgie catholique romaine. Dans cette musique aux portes du ciel et de la terre, Mozart atteint le sommet de son art. L’œuvre totale sera inachevée, sans doute car le miracle espéré eut lieu : Constance guérit, le mariage est prononcé et l’amour est sauvé. Dieu a donc eu pitié de ses créatures faites humaines, trop humaines. Ce Dieu aurait d’ailleurs été bien insensible et peu porté sur le bon goût en refusant d’accorder cette grâce. Je vous invite à réécouter le Kyrie d’ouverture de cette messe (qui n’est pas à confondre avec le Requiem, autre épisode, autre perle). Mozart pleure de toute son âme et nous avec. Qu’elle est fade la vie de celui qui ne s'est jamais jeté à genoux pour demander grâce face à un amour qui prend les tournures de l’impossible. Les bienheureux, ceux à qui on aura retiré la présence de la reine de leur ciel, ne serait-ce que momentanément, comprendront. Seul l’amour peut produire ce miracle : les plus belles et les plus spirituelles des pages de la musique occidentales ont été écrites sous ces conditions. Un long chant d’humilité face à la grandeur du ciel. La réunion momentanée du terrestre et du spirituel. Ô Rein du Ciel ! Comme je t’aime. Ô Dieu du Ciel vient à mon secours, aie pitié de moi. Je reconnais dans mes larmes ta grandeur et l’éternité du temps. Mozart a sans doute eu plusieurs coups de sang, mais il n’a eu qu’un seul grand amour qu’il a divinement su mettre en musique au moment où dans la jeunesse de leur histoire, il a pensé que Constance ne reviendrait plus. Kyrie pour l’amour d’une femme.

Grande Messe en ut mineur de Mozart, composée en action de grâce pour pour l'amour d'une femme. Il faut écouter le Kyrie d'ouverture. Sublime. Julie Fuchs.

Rédigé par Monsieur Yves

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