Immaculée Conception

Publié le 8 Décembre 2015

Dans le sein de la Matrice universelle (la Nature de Spinoza), L'Esprit (la parole) rencontre la Mère archaïque et immaculée. Voilà le schéma imagé de la naissance de ce qui fait le propre de l'homme : un être incarnée par sa mère et à doué de Parole, symbolisé ici par le Saint-Esprit..
Dans le sein de la Matrice universelle (la Nature de Spinoza), L'Esprit (la parole) rencontre la Mère archaïque et immaculée. Voilà le schéma imagé de la naissance de ce qui fait le propre de l'homme : un être incarnée par sa mère et à doué de Parole, symbolisé ici par le Saint-Esprit..

Un enfant né d’une vierge non désirée, voilée et d’un père invisible, ineffable qui se présente sous la forme d’une parole, de mots, autrement dit d’un poème. Voilà tout le scandale chrétien. L’histoire de la conception du Christ est pour beaucoup un conte à dormir debout. C’est exactement cela. Un rêve éveillé. Une mythologie. Le XIXe sera le siècle du grand délaissement du fonds mythique historique européen. Aux sornettes du passé, le positivisme préféra les sornettes des modernes. La matière remplaçait l’esprit, la raison, le mythe. Il s’agissait alors de sortir de l’obscurantisme qui empêchait l’hégémonie du grand capital libéral. Les protestants ayant abandonné le fond de leur âme ne pouvaient trouver secours que dans la matière et les signes de la réussite matérielle. On connaît la suite de l’histoire : spectacle marchand et consommation frénétique dont Noël est devenu le symptôme le plus pathétique. Le Père Noël n’est d’ailleurs pas catholique. Il est un cheval de Troie de l’Amérique protestante, popularisé par Coca-Cola, ce symbole de l’impérialisme capitaliste. Nivellement vers le bas du fond culturel planétaire. Laminerie de toutes les différences au nom du Même. Tout doit être le Même. Culte de la grande indifférenciation. Musique d’ascenseur et lounge bar pour tout le monde. Il ne sera bientôt plus possible de boire un authentique café serré dans les rues de nos capitales.

Dans ce contexte pessimiste, je trouvais joli de vous parler de l’Immaculée Conception que l’on fête aujourd'hui. Je vous entends venir. Je constate au pire votre grimace de désapprobation, au mieux votre étonnement. C’est une habitude de ce blog. Et pourtant, vous savez bien qu'il n'y a ici aucun prosélytisme. Je laisse la religion des identitaires fondamentalistes à ceux qui s’en revendiquent. Il n’est pas question ici de croyance mais de mythologies. Deux choses somme toute différentes qui n'empêche pas pour autant la prière - cette gymnastique de l'âme. Les Grecs n’étaient pas plus dupes que ça de leurs histoires de Dieux. Il n’empêche qu'ils leur livraient un culte malgré la raison qu’ils pratiquaient autant que nous. Ni au bout de la raison, ni au bout du sacré. Le lecteur régulier - y en a-t-il un ? - reconnaîtra ici l’un des leitmotivs de ce blog. En quoi donc l’Immaculée Conception, dogme tardif mais thème récurrent du Moyen Âge européen, nous a préservés du matérialisme de l’après Réforme ? Attention. Thèses fabuleuses. Chimériques. Imaginaires. Vous commencez à me connaître. J’aime jouer avec les vérités comme un enfant joue au tric trac. Il n’y a rien d’universitaire ici. Je me donne le droit de parler sans les diplômes de la pensée officielle. Quelle est donc ma nouvelle ineptie qui va faire rebrousser poils aux moins souples d’entre vous ? La Vierge Marie a émergé des fonds païens de la pensée européenne, telle Vénus sortie des eaux. Marie, Maria, Matrice, Ma, Madre, Mare, Mère, Mer. Le M est une consonne amoureuse. L’Ohm indien. La mamelle universelle. Je te salue Marie pleine de grâce. Le Seigneur est avec toi. Je Suis le fruit de ton sein. Sainte Marie, Mer de Dieu. Le christianisme ne serait pas devenu la religion des Européens sans Marie, son fond amoureux. Ohm. Qui est d’ailleurs la championne toute catégorie de la piété populaire ? La Mère. La Mer. Reine du ciel et abysse des fonds amoureux. Marie. Je sais cependant que votre résistance ne vient pas vraiment de là. Vous êtes d’accord de reconnaître qu’une religion digne de prendre à sa charge la grande fresque de notre âme doit obligatoirement inclure un symbole féminin fort. Votre vraie question est ailleurs. Mais pourquoi Marie est-elle Vierge et la conception de l’enfant immaculée ? Je vous l’accorde, le problème est compliqué. Je ne détiens pas la science. Mon unique objectif étant de vous faire réfléchir, ou prier, c’est au choix. Les psychanalystes - qui sont parfois des gens tordus et compliqués - parlent d’un fond archaïque de notre âme qu’ils nomment préœdipien. Dans ces eaux profondes, l’amour du bébé pour le monde qui l’entoure n’est pas encore objectal. L’Autre n’est pas encore Autre. L’Amour y est encore indifférenciée. Donnée gratuitement, la grâce n’est pas encore le fruit récolté du désir pour un objet. L’Amour y est donc vierge, ex-nihilo, sa conception immaculée. C’est la distinction et la parole qui vont introduire la séparation et le monde du Symbole. L’Esprit naît d’une Vierge totalement aimante et effarée. Les Européens, à travers leurs mythes anciens qu’ils ont su réintroduire dans le christianisme afin que celui-ci ne soit pas qu’une simple version universelle du judaïsme - ce à quoi l’Islam et le Protestantisme aspireront - avait compris que par la Vierge, le fond archaïque de notre Âme contenait toute la puissance réparatrice de l'Amour. L’analogie mère-enfant remonte jusqu’au temps suspendu d’avant la parole, et ce sentiment éternel et sans fond est nécessaire à la vie, alpha et oméga de la création - entendez notre conscience du monde. La protection de cette vénération consciente nous accompagne jusqu’au seuil de la mort où il nous protège de sa familiarité bienveillante. L'Amour archaïque et sans fond d'avant la parole, nous prépare et nous soutient à l'instant unique de ce face-à-face ultime avec l’Infinité et l’Intemporalité. Le principe de réalité ne peut être nié dans ce fatidique instant. Dieu est ce qui est. Il est Vie, il est Mort et Éternité. L’ouverture comme la clôture de la prière nous en parlent : « Je te Salue Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec toi », Sainte Marie, Mère de Dieu - ou Mer de Dieu comme j’aime à le penser - prie pour nous pauvres mortels aujourd’hui et à l’heure de notre mort. Amen ».

Bon, je vous l’accorde. La démonstration est compliquée et difficile à suivre. D’où la fonction du mythe. Dire plus en disant moins. Le Rosaire, la prière adressée à Marie, était le principal mantra de l'Europe chrétienne. On prétendait que face à l'inévitable mort il sauvait les âmes. Je te salue Marie. etc. Une autre fois je vous parlerai de Gaïa (la terre mère) et Uranus (le ciel père) et de leur fils Kronos (la conscience du temps et de la finitude). Version mythique plus ancienne d'une même réalité.

Rédigé par Monsieur Yves

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