Qu'est-ce que le nihilisme ?

Publié le 10 Décembre 2015

Robert Motherwell. Etude pour Elégie. C.
Robert Motherwell. Etude pour Elégie. C.

Philosophie. De quelques aphorismes à la manière de Nietzsche.

Qu’est-ce que le nihilisme ? Le nihilisme est le maintien d’une métaphysique qui prétend pourtant avoir dépassé toute métaphysique. Autrement dit, le nihilisme est une métaphysique matérialiste aveugle de ses racines. Et encore ? Le nihilisme est la négation de l’histoire de la représentation, ou autrement dit, le meurtre de la tradition, de la parole et de la poésie. Plus précisément, le nihilisme est l’incapacité à percevoir le temps comme suspendu et éternel, ou encore, il est la vision fléchée de l’histoire qui se pose en grotesque dépassement perpétuel de la sagesse des anciens. Le nihilisme est le degré zéro de la souplesse spirituelle. En tous ces sens, le nihilisme est la modernité même, une modernité de type 19e siècle, positiviste, rationaliste, matérialiste. Pour faire bref, le nihilisme est la métaphysique du « moi je » moisi et transi de lui-même, ou dit autrement, la subjectivité égotique élevée au rang de transcendance de toutes les normes.

Contrairement à ce que l’on en pense, le nihilisme n’est pas la pensée du néant, que l'on ne doit pas comprendre comme non-être - ce qui est une absurdité - mais comme non-représentation ou transcendance. Au contraire, le nihilisme refuse de toutes ses forces cette méditation vivifiante.

La non-représentation est un territoire vierge. Ineffable, il n’est atteignable que par le monde des Idées, mais voilà des lustres que l'on ne sait plus lire Platon.

Souvent apparenté à l’ennui ou à l’angoisse, la non-représentation est pourtant la source d’une joie immense. Un ennui de la plus grande qualité. Elle est abandon du grand spectacle technique et marchand, tour de Babel érigée par l'humanité divisée.

La non-représentation est représentée partout dans l’histoire cyclique de la pensée humaine. Ineffable, elle est mise partout en parole. Temples antiques et cathédrales.

Vierge, la non-représentation est le sein du Verbe. Couplée à l’Esprit, la non-représentation accouche de la conscience, autrement dit de l’âme qui est l’antithèse de la triste mécanique newtonienne du nihilisme.

Tout cela, les matérialistes ne peuvent le comprendre et leur monde dérive dans l’aliénation des prisons de la biotechnique qu’ils érigent partout pour se divertir.

Méditer le néant, la non-représentation. Se familiariser à sa présence. Tel sont les leçons de toute l’histoire de la philosophie et de la religion.

La philosophie qui abandonne la non-représentation, n’est plus qu’un discours cosmétique qui nourrit tous les clergés morales des censeurs et des polices de la pensée. Sans la transcendance, la religion n’est d'ailleurs plus que le lieu des droits de l’homme.

"Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je ne connais pas l'Amour, cela ne me sert à rien."

Rédigé par Monsieur Yves

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