Les Précieuses Ridicules
Publié le 15 Novembre 2015
J’aime beaucoup le Valais, mon pays. Caractère. Indépendance d'esprit. Sens de l’identité. Liberté millénaire. Authentique défense de la catholicité. Par contre, je n’aime pas son provincialisme qui n’est jamais autant ridicule que dans la caste des artistes. Le Valais culturel et progressiste, dont le scribouillard de service attaché à la tribune culturelle du journal local ne cesse de nous chanter les louanges en usant indéfiniment des mêmes antiennes. Ce Valais là, franchement, je le trouve surfait, prétentieux et souvent nullissime. Tout ceci est finalement bien à l’image de l’art contemporain en général. Beaucoup de concept, emphatiques, pathétiques, de l'obscénité comme provocation qui n'en est plus, de la sensiblerie militante, du matérialisme premier degré. Tout y respire un manque flagrant de mots d’esprit, pour reprendre une formule de Stendhal que j’aime beaucoup. Autrement dit, quand le Valaisan s’essaie à la préciosité, non seulement il trahit son âme millénaire, mais surtout il étale au grand jour tout son ridicule. J’aime Camus quand dans son essai Noces, il dit d'Oran - dans l’ancienne Algérie française et que l'on pourrait facilement comparer à Sion - qu’elle est une ville peu intellectuelle où on y trouve un ennui de qualité. A Oran, il y a plus d’authenticité dans la moindre amicale que dans les cercles très restreints des milieux artistiques. Tellement bien dit et tellement vrai pour le Valais qui m'est cher. Il y a en effet ici plus à voir dans les travées du stade de football que dans les cafés branchés de la vieille ville. Certes, on ne saurait mettre tout le monde dans le même panier. Je suis certain que ce pays contient d’authentiques poètes qui pour la plupart préférons sûrement le silence solennelle des neiges éternelles à l’exposition mondaine. Les hommes les plus sages n’écrivent pas forcément. Ils portent en eux le sens du silence (premier principe d’une pièce musicale réussie), un goût de solitude et d’éternité. Regardez Jésus, Socrate… pas une ligne de leurs plumes ! Et encore, Spinoza, si prudent et discret de son vivant.
Dans le journal local, un jeune homme nous explique sa dernière performance. On le voit sur une photo balançant et croulant sous le poids d’une masse de cordes de montagne. Il en porte 500 mètres sur le dos ! C’est la différence d’altitude qui sépare Sion de Paris. Ah tiens, intéressant ! Le tout est noyé sous un verbiage précieux sur la symbolique du pourquoi de l’événement… Le ridicule vient encore plus loin. Etudiant à l’école d’art de Sierre, le journaliste lui demande comment il envisage son après-formation. Il se voit en partie à la montagne dont il descendra pour offrir au monde son art de la performance... bref, faire réfléchir les gens, élever leurs âmes, les sortir de leur quotidien sordide. Autant pour moi... Bon déjà, pourquoi Paris ? Par jacobinisme inadapté à notre contexte ? Centre culturel dite vous ? Et alors, pourquoi pas Venise ou Florence ? Tellement plus proches, tellement plus riches. Nous ne sommes pas Français à ce que je sache. Et ensuite, qui est volontaire pour lui dire que l’Etat et la société paient déjà bonbon des professeurs de géographie qui exercent dans tous les collèges de la région. Et oui, pour faire comprendre la différence d’altitude et d’intérêt socioéconomique des gens selon les régions qu’ils habitent, il y a mieux et moins chère que les performances d’art contemporain : il y a la géographie à l’école ! Et je le dis sérieusement ! Car souvent je me suis pris à penser devant les installations de l’art contemporain qu’elles n’étaient qu’une mauvaise version des cours de géographie de mon adolescence. Et ne venez pas me parler de poésie, ou alors nous ne lisons pas les mêmes poètes. Soyons francs et directs, il n’y a vraiment pas grand chose à conserver de l’art contemporain. Et le pire est que ce jeune prétentieux nageant en plein fantasmes n’est même pas plus nul que d’autre qui ont gagné une certaine notoriété. Bon, je ne pense pas cependant qu’il y parviendra. Il faut être lucide, pour ce genre d’ânerie, il n’est pas né au bon endroit. Pour cela, il y a Lausanne ou Genève, mais il risque d’y trouver une concurrence féroce. C’est qu’ils sont nombreux les prétendants à la reconnaissance mondaine. Dans une école d’art aujourd’hui, et tous les mondains et mondaines vont se scandaliser de mon non-conformisme à leur progressisme, on apprend ni à peindre, ni à sculpter. On apprend à se vendre, à faire du réseaux, donc à faire chapelle. Il est en grande partie là le nouveau clergé. Les maîtres de l’absurde et le contrôle des corps. L’Eglise morribonde du 19ème siècle. Son conformisme inquisitoire. L’Eglise nouvelle de l’art contemporain. Le renversement de la problématique n’est pas son dépassement. A tel point qu’aujourd’hui, être libertaire et anti-conformiste, c’est franchement être catholique. Se souvenir que Venise a existé et a fait civilisation.
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