Picasso

Publié le 7 Février 2013

Picasso

Picasso. Voilà un nom propre presque devenu un lieu commun. Tellement commun qu'en fait presque tout le monde ignore l'homme qui se cache derrière ou le connait si peu finalement. Peindre à la manière de... celle de Picasso serait pour le quidam synonyme de jeter la peinture un peu n'importe comment et de ne point s'appliquer plus qu'un enfant. Loin de moi d'accuser ou de jeter la pierre, cela se comprend aisément. A l'adolescence, durant mes cours d'histoire de l'art qui frôlaient l'ennui le plus parfait, je me souviens d'une professeur peu enjouée qui nous avait parlé - diapositives à l'appui - d'une période bleue, suivi d'une rose puis de peintures cubistes dont les photos rétroprojectées m'avaient irisé d'horreur, moi qui vingt ans plus tard serait le plus habile défenseur de cette œuvre polyphorme d'une dimension aux limites des possibilités humaines. Sachez quand même qu'aujourd'hui encore, malgré ma fascination de l'art de Picasso, je n'aime toujours pas son cubisme orthodoxe de période gris vert militaire plus triste qu'une soirée d'hiver dans les brumes d'un quartier glauque et anonyme d'une grandes villes aux âmes fatiguées. Mais Picasso est tellement plus que cela.

Oui, qui est donc Picasso ? Vaste question qui rencontrera autant de réponses que d'admirateurs ou de détracteurs. Alors à m'y risquer, je dirai que pour moi il est le dernier grand moderne européen. De cette modernité qui a commencé dans les ateliers florentins de la renaissance italienne et qui s'est achevée dans les abstractions lyriques de l'école américaine. Après cela ? A partir de Warhol ? La modernité est morte. Elle a basculée dans le post-moderne, l'après. Un après où la figure humaine, centrale à la Renaissance, a disparue au profit du vide, de la vacuité esthétisante ou conceptualisante. Après Picasso, aller, j'ose la lourde formule provocatrice, l'art européen a arrêté de grandir, du moins n'a produit depuis que si peu de choses intéressantes. L'Europe a préféré se trahir en se coupant de ses racines humanistes et a cessé d'exalter les grands sentiments pour lui préférer le cynisme et les vacuités sous toutes leurs formes. C'est la victoire du lugubre des brumes sur le tragique du soleil. Le nihilisme est devenu autant en art qu'en philosophie le grand paradigme de cette culture européenne post-moderne. Le terme lui même est tellement disgracieux : post-moderne. De celui-là je ne retiendrai d'ailleurs que le "après" que j'entendrai bien sûre au sens d'une décadence.

Picasso dans mes yeux, car je veux voir le monde tel qu'il est. Surtout ne pas faire de la beauté un fétiche. Je ne veux pas d'art de l'esthétique des plastiques mise en plastique pour vendre du cuire ou du plastique, ni de conceptualisations autant précieuses que vaniteuses des installations qui font la crétinerie agréée et institutionnalisée de l'art branché d'aujourd'hui. Picasso dans mes yeux, pour rester enfant en mon âme poète, pour ne conserver de l'art que les sentiments et le pouvoir de suggestion.

Picasso n'était pas le seul dont j'aurai pu me réclamer. D'autres peintres ou poètes de ses contemporains ou plus anciens suscitent mon admiration, mais aucun d'entre eux n'a déployé son faste de manière aussi étendue, n'a été autant touche à tout, et aucun d'eux n'a su synthétiser de cette façon l'histoire de l'art européenne. Avec Picasso c'est l'antiquité qui est convié autant que toutes la peinture de l'après renaissance dans une perspective radicalement moderne mais dont l'essentiel - chose rare - demeure intacte.

On l'aura compris, j'aime Picasso de manière exagérée. Il y a un peu de folie dans mon acte d'admiration. Oh, je n'aime pas tout de Picasso, mais j'aime beaucoup quand même. Voilà, c'est que Picasso me parle, Picasso m'inspire. Il me dérange. De ses yeux perçants, cet écorché vif et peu facile à vivre, a su voir derrière les apparences et nous donner comme leçon qu'au-delà du néant reste toujours la vie. Et cela, en Europe, seul un Méditerranéen pouvait nous le signaler de manière aussi éloquente. Picasso en mis ojos. Un blog qui voudrait parler du bonheur de la vie et de son tragique qui l'accompagne inévitablement.

Rédigé par Monsieur Yves

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