La mort du minautore

Publié le 11 Février 2013

Picasso a été un amoureux tourmenté. Personnage public et exhubérant de son époque, le pathétique de ses amours n'est pas resté sans laisser trace. Mais l'angoisse d'amour qui est exagérée sous le trait carricatural et la prompte folie du démiurge, résonne en nous tous tellement elle est partagée de manière universelle. Freud a dit de l'amour érotique et sexué entre deux personnes qu'il était le sommet de la félicité humaine. C'est par lui que l'être humain dépasse son angoisse de séparation et de solitude. Paradoxalement, toujours selon Freud, l'amour érotique est le lieu qui expose le plus l'homme et la femme. "Nous ne sommes jamais aussi mal protégé contre la souffrance que lorsque nous aimons." Selon la psychanalyse d'obédience freudienne, enfants déjà nous aurions exteriorisé et projetté notre amour sur notre parent de sexe opposé. Celui-ci aurait plus ou moins joué notre jeu, - ou nous le sien et cela de manière bien plus vulnérable que lui ! - mais jusqu'à un certain point seulement. Puis nous nous serions rendu à la douloureuse évidence - castratrice et frustrante - que cet amour était impossible. Notre objet d'amour appartenait en fait à notre parent de même sexe ou à son substitut, et à sa génération, pas à nous. Et voilà que le tragique intervient avec une violence inouie dans le coeur du petit enfant mal armé pour le comprendre. Ce drame oedipien nous a laissé une cicatrice profonde qui nous rend vulnérable quand on aime et se sent aimé. En effet, à quelque part au fond de nous, persiste le doute et l'intime conviction que l'on va finalement être abandonné par notre amour. L'amour nous rend vulnérable et fait ressortir en nous toutes les blessures mal cicatrisées du passé. Que de maladresses et de mouvements défensifs animent alors les amants éperdus.

Et plus encore, l'amour réciproque nous révèle à nous même bien plus que la solitude assumée. Au contact de l'autre, dans notre mise à nu et sa découverte, nous sommes confrontés à des facettes de nous-mêmes que nous ignorions. Certaines sont positives et contribuent au sentiment de félicité de l'amour, elles remplissent notre poumon de fierté et de joie de vivre, d'autres, plus inquiétantes, nous rappellent que nous ne sommes pas que le masque de notre personnage, mais bien plus profondément, une âme humaine confrontée à tout un monde habité de fantasmes, d'espoirs et de vulnérabilité. Dans l'intimité de l'autre, les effets de parade de la séduction amoureuse finissent par laisser leur place à la nudité des âmes. C'est ici d'ailleurs que commencera réellement la dimension humaine de l'amour.

Une force irréprescible nous pousse vers l'autre, l'autre nous accueille, nous reconnaît. Mais nous voilà également livré à sa merci, à son possible et douloureux rejet. L'amour est le sommet de la félicité mais aussi le territoire de notre plus grande vulnérabilité. Les minotaures de Picasso laissent entendre cette vérité. Ni complètement animal, ni uniquement humain, le minotaure est cette force instinctive qui nous pousse vers l'amour. Mais souvent, le minotaure saigne et meurt de s'être ardiement exposé. Tel le taureau qui court dans l'arène pour laisser éclater au grand jour la force de son instinct, le minotaure court malheureusement vers certaines inévitables meurtrissures, qui tel le sabre du torerro l'atteignent parfois droit au coeur. C'est le grand tragique de l'humaine condition. Dans le ciel le soleil brille de toute flamme, mais dans l'arène le taureau se meurt.

La mort du minautoreLa mort du minautore

Un labyrinthe. Et à chaque nouveau carrefour l'amour m'échappait, j'étais le minotaure et on allait me mettre à mort.

L'absurde et le minotaure. Monsieur Yves

Rédigé par Monsieur Yves

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