Vénus sortie des eaux

Publié le 28 Février 2013

Je ne t’oublierai point.

Je te reconnaitrai
Aux algues de la mer
Au sel de tes cheveux
Aux herbes de tes mains.
Je te reconnaitrai
Au profond de tes yeux.
Je fermerai les paupières
Tu me prendras la main.

Claude Roy

J'ai dormi une nuit à la belle étoile sur le pont supérieur d'un ferry qui voguait de Naples à Salina, petite île éolienne aux larges des côtes de la Scicille. Au départ des côtes italienne, le bateau s'enfonçait dans la nuit, et j'avais pleuré au spectacle de la longue trainée des reflets de la pleine lune sur les eaux noirs de la baie de Naples. Des larmes de tristesse sincère. Je me rendais compte de l'éphémère de toute vie humaine et je pensais à mes grands parents décédés durant l'année. Au petite matin de cette nuit d'été sur la Méditerrannée, le soleil est venu titiller mon sommeil et j'ai alors fait un rêve merveilleux. J'ai vu en un songe rempli de lumière une femme archétypale sortant de la mer. Le soleil brillait de tout son feu et la femme resplendissait d'or. Après les songes de mort devant la beauté tragique d'une pleine lune sur les eaux, voici la vie qui s'imposait à nouveau avec la force d'un matin de résurection. Je me rappelle m'être réveillé avec un sentiment d'intense sérénité, et d'avoir vu à babord le volcan de Stromboli qui me souhaitait la bienvenue au soleil levant. Arrivé à destination pour un séjour de deux semaines antiques en Méditerrannée, partout sur ces îles que j'ai visités, j'ai constaté le même culte à La Madonna : une vierge aquatique et maritime, souvent représentée avec un coquillage qui rappelle son origine. Quel voyage initiatique que cet traversée d'une nuit de pleine lune où mon âme avait saisi d'elle-même l'esprit des lieux. Rien qui n'étonnerait d'ailleurs Carl Gustav Jung ! Et j'ai pratiqué le culte de cette Vénus méditerannéenne durant deux semaines, ne manquant pas un jour à l'appel de la méditation dans une petite chappelle avec vue sur la mer. C'était mon quart-d'heure de solitude, d'élévation, et de vaine recherche d'un peu de fraîcheur que la fournaise quasi africaine des îles éoliennes ne dispensait que trop peu aux heures de midi. Oui, le soleil était de plomb, sur la mer, l'air presque violet tellement il était saturé de lumière que l'astre déversait trop généreusement. Et dehors le chant des cigales, le même depuis Platon et Ulysse qui ont tout deux séjourné sur ces îles. Je garde de cette époque une petite statue de Vénus sur mon bureau.

Vénus sortie des eaux

A Toi, ô femme, nourricière, mystérieuse, insondable et riche comme les eaux profondes, ô toi, mère et amante ! Toi dont l'esprit ancien comme la nuit antique m'a accompagné et bercé sur ce petit rocher perdu au milieu du grand tout de la Mer bleue. Là-bas,au coeur des eaux, à la lueur du soleil levant, j'ai été baptisé en ton nom, et depuis, je n'ai cessé de te vénérer.

L'année suivante, j'ai pu admirer la peinture de Botticelli à la Gallerie des Offices de Florence, ville que j'aime beaucoup. L'archétype de mon rêve était devant moi, mais au bord de l'indigestion d'avoir vu trop de grandes choses en une journée, la peinture en soi ne m'avait pas laisser grandes impressions. Elle ne valait pas dans mon affect, ces statues pourtant somme toute très kitchs du bord de mer scicillien. Là-bas, Vénus sortie des eaux trouvait toute sa glorieuse signification. Mais en recherchant une reproduction du tableau du maître italien pour ce billet, je me suis quand même rendu compte que celui-ci date de 1485, et que tout de même, pour son époque, à la sortie poussive du Moyen-Âge, celui-ci est non seulement plein d'humanisme, de modernisme dans le dessin, mais surtout, remplie d'une sensualité vénusienne qui a fait défaut dans l'art occidental durant près de mille ans. Une vraie éloge à l'amour et à la féminité. Ce que se voulait en fait le présent billet.

Vénus foraine, gravure, Picasso, 1966.

Rédigé par Monsieur Yves

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