Le triangle d'été
Publié le 6 Octobre 2015
Poème en prose. Genre : morale. Manuel de contre-folie inspiré de L'Etoile des Amants.
Des millions d'êtres humains s'agitent et sont sourds à la musique du ciel. Vénus. Mercure (rare dans ma contrée - à moins de prendre de l'altitude dans ce pays plein de montagnes). Mars. Jupiter. Saturne. Ils ne les voient plus. Des millions d'êtres humains plein de problèmes d'égo qui viennent, qui travaillent, qui baisent, qui passent les frontières en voiture, en avion, en train, qui s'abîment... métro, boulot, dodo. Des millions de gens qui pourtant n'arrêtent pas de se montrer. Qui se numérisent pour mieux se cacher à eux-même. Bonjour, hier soir j'ai vu votre photo. La publicité était flatteuse et la marchandise est moins bien en vrai. Mais qu'à cela ne tienne, je trouverai mon bonheur plus tard, plus loin. En attendant, en passant, j'ai faim de vous enculer ! Âme perdue. Corps errants. Mécanique froide des liquides froids de tous ceux qui finissent eux-mêmes par ne plus se voir à force de se surexposer. Les surexposés qui jamais - ô grand jamais ! - ne lèvent les yeux.
Vega, Deneb, Altaïr.
J'ai connu plus jeune une fille prénommée Altaïs. Tout une promesse contenue dans les trois syllabes d'un prénom. Évocation d'un ailleurs conjugué au présent. Finitude d'infini. Quel prénom ! Altaïr ? Une étoile, une musicalité, de la poésie. Et pourtant ils sont des millions, jamais entendu, jamais vu, ou alors furtivement, par accident. Aveugles ! Elle est pourtant juste là en permanence au dessus de vos têtes. Narcisse prisonnier de son reflet dans l'eau de l'étang, ils sont des millions de damnés pris dans le filet... Un écran, la tête baissée au bout de leurs doigts, ils ne voient plus rien. Rien n'y fait, ils sont aveugles au bleu même de leurs yeux. Miroir au beau miroir ? Ils se sentent vaciller à sonder leur propre profondeur. Cela se nomme le vertige. Panique, délire, consommation, dépenses, hystérie sexuelle généralisée, mégalomanie organisée en réseau numérique. On se raccroche à ce que l'on peut.
Pour un seul juste, Dieu a promis de sauver le monde. Et il y a en a sûrement quelques uns qui sont attentifs à l'infime ! Même timidement. Même maladroitement. Des affamés en manque de l'esprit du monde. Quelques amoureux vrais. L'infiniment grand et l'infiniment petit ? Non, la majorité ne connait pas, ne veut pas connaître et n'en veut tout simplement pas ! Ils préfèrent la vulgarité partout étalée ! La fuite, la grande course poursuite, le mur, la mort... car tout finit par s'écraser et mourir dans le mur du temps.
Vega, Deneb et Altaïr.
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